Elisabeth Baume-Schneider annoncera-t-elle un jour une baisse des primes? «Je ne pense pas»
La ministre de la Santé défend sa méthode face à une nouvelle hausse des primes. Elle s’inquiète aussi de la dérive des coûts des médecins et vise les prestataires qui font du chiffre.
29 septembre 2026 | Le Temps
Interview: Annick Chevillot
Inquiète, mais combative. Au terme de son marathon médiatique du jour des primes, Elisabeth Baume-Schneider se prête au jeu de l’entretien. Son canton, le Jura, subit la plus forte hausse du pays. Mais c’est toute la Suisse qui ploie sous la charge: «Le poids des primes est trop élevé pour la population», a reconnu la ministre de la Santé ce mardi. Alors, comment alléger la facture? En responsabilisant chacun, les patients comme les prestataires de soins.
Vous venez d’annoncer une hausse moyenne des primes de 5%. Que peut faire un assuré pour alléger sa facture?
Il ou elle peut toujours changer de caisse maladie ou de modèle d’assurance. Chacun peut, et je le conseille vivement, vérifier s’il a droit à un subside cantonal, pour lui-même ou ses enfants. Le choix d’un réseau de soins, là où ils existent, permet aussi de mieux comprendre son parcours thérapeutique et de contribuer à la maîtrise des coûts. On peut aussi s’interroger sur sa propre consommation de prestations médicales, puisque les primes reflètent les coûts de la santé. Je ne fais pas partie de celles et ceux qui veulent culpabiliser les patients, mais je souhaite responsabiliser la relation médecin-patient.
Votre canton, le Jura, subit la plus forte hausse du pays. Comment l’expliquez-vous?
C’est extrêmement inquiétant. Je comprends que les Jurassiennes et les Jurassiens ne soient pas contents de ce résultat: 6,6%, c’est vraiment beaucoup. Les fortes hausses touchent souvent les cantons où, les années précédentes, les primes n’ont pas couvert les coûts, créant un besoin de rattrapage. Il y a aussi un paradoxe: on invite les assurés à changer d’assurance, mais lorsque beaucoup d’assurés changent de caisse ou de modèle pour avoir une prime moins chère, il entre moins d’argent dans le système. On décale alors globalement le problème sur l’année suivante.
Beaucoup de familles et la classe moyenne n’en peuvent plus. Que leur dites-vous?
Que je vais continuer à tout mettre en œuvre pour repérer toutes les possibilités d’économiser et mettre les prestataires de soins face à leurs responsabilités. Je ne critique pas les médecins en général, mais certaines spécialités techniques qui n’hésitent pas à «faire du chiffre». La responsabilité est collective: cantons, hôpitaux, médecins, partenaires tarifaires. Et je constate que les assurances maladie jouent aujourd’hui bien leur rôle de contrôle.
L’offre de soins joue-t-elle aussi un rôle?
Oui, l’offre amène une certaine consommation. Au Tessin, où la prime moyenne est la plus élevée, on nous a expliqué que le canton n’avait pas contingenté l’installation de spécialistes à une certaine période, et qu’en deux ou trois ans, beaucoup s’y sont installés. Les cantons ont un rôle à jouer, certes, mais ce n’est pas simple.
Le financement uniforme des prestations, dès 2028, soulagera-t-il la facture?
Il soulagera clairement les payeurs de primes, puisqu’il s’agit d’un transfert de charge vers les cantons. Favoriser l’ambulatoire, qui coûtera à terme moins cher que le stationnaire, reste un mouvement vertueux pour freiner les coûts de la santé.
Le Contrôle fédéral des finances reproche à l’OFSP de ne pas contrôler suffisamment les rabais sur les médicaments…
La loi est claire: ces rabais doivent revenir aux assureurs et aux assurés. Un prestataire peut en conserver jusqu’à 49% s’il les investit dans un projet qui améliore la qualité. Nous allons établir une feuille de route pour agir de manière plus proactive et obtenir de la transparence, sans attendre que les prestataires de soins s’annoncent de bonne foi.
Vous avez été très active, depuis votre arrivée à la Santé, contre la hausse des coûts. Pourquoi ne voit-on pas de résultat sur les primes?
Il faut surtout se demander où on en serait si on n’avait rien fait. Les 300 millions d’économies décidées l’an dernier à la table ronde sur les coûts représentent par exemple un peu moins de 1% des primes, mais tout de même plusieurs dizaines de francs par année pour une famille. Et certains freins surprennent: la facturation électronique permettrait de simplifier des processus et de gagner du temps, mais la FMH y est extrêmement réticente. Il ne faut pas céder au fatalisme.
On a le sentiment que le politique échoue à réduire les coûts de la santé. Est-ce aussi un échec pour vous?
Pas encore! Le système de santé financé par une assurance sociale n’est pas le lieu où maximiser les profits. J’ai la volonté d’écouter tous les partenaires, mais ensuite de prendre des décisions. Je l’ai fait pour Tardoc. Ce nouveau tarif peut être corrigé chaque année en cas de besoin, alors que le système précédent était paralysé. Aujourd’hui, les partenaires tarifaires sont autour de la table et veulent proposer des solutions.
Et les proches aidants, dont certaines entreprises facturent les soins à l’assurance de base?
Je partage la volonté du parlement, qui nous a donné des signaux clairs pour plus de régulation. Je proposerai en début d’année prochaine au Conseil fédéral des mesures pour clarifier ce qui est facturable à l’assurance maladie, ou encore la formation dont les proches aidants doivent bénéficier. Leur place est à définir dans un véritable maillage de soins, et non dans un modèle économique où l’objectif est peut-être de facturer le plus possible. Les cantons ont aussi leurs responsabilités: certains ont refusé des autorisations aux entreprises qui se spécialisent dans l’emploi de proches aidants, d’autres sont plus ouverts.
Vous avez été très active, depuis votre arrivée à la Santé, contre la hausse des coûts. Pourquoi ne voit-on pas de résultat sur les primes?
Il faut surtout se demander où on en serait si on n’avait rien fait. Les 300 millions d’économies décidées l’an dernier à la table ronde sur les coûts représentent par exemple un peu moins de 1% des primes, mais tout de même plusieurs dizaines de francs par année pour une famille. Et certains freins surprennent: la facturation électronique permettrait de simplifier des processus et de gagner du temps, mais la FMH y est extrêmement réticente. Il ne faut pas céder au fatalisme.
On a le sentiment que le politique échoue à réduire les coûts de la santé. Est-ce aussi un échec pour vous?
Pas encore! Le système de santé financé par une assurance sociale n’est pas le lieu où maximiser les profits. J’ai la volonté d’écouter tous les partenaires, mais ensuite de prendre des décisions. Je l’ai fait pour Tardoc. Ce nouveau tarif peut être corrigé chaque année en cas de besoin, alors que le système précédent était paralysé. Aujourd’hui, les partenaires tarifaires sont autour de la table et veulent proposer des solutions.
Le nouveau tarif médical fera-t-il baisser les coûts?
Il n’a pas été conçu pour économiser, mais pour adapter les tarifs à l’évolution du domaine de la santé et notamment mieux valoriser les médecins de premier recours. L’objectif était de changer de système dans le respect de la neutralité des coûts. Or on observe une hausse de 7,5% des coûts des médecins en cabinet, au-delà des 4% autorisés. Cela m’inquiète assurément. Les partenaires tarifaires doivent chercher des solutions pour rééquilibrer le système.
Et les prix des médicaments vont-ils baisser ou augmenter en Suisse?
Il faut attendre les résultats du groupe de travail sur les sciences de la vie. Quand on parle d’une hausse de prix souhaitée par l’industrie pharmaceutique, il s’agit de certains médicaments hautement innovants et sous brevet. Il y a aussi une certaine mise en scène de la pharma. Certes, le monde a changé en raison des pressions exercées par les Etats-Unis. Si on accepte un prix plus élevé, il faut une réciprocité: une garantie d’accès à ces médicaments en Suisse. Le Conseil fédéral sera informé d’ici à la fin de l’année des conclusions du groupe de travail, et je pense que nous aurons une position plus globale début 2027.
Serez-vous un jour la conseillère fédérale qui annoncera une baisse des primes?
Je ne pense pas. Mais je veux être coresponsable d’une meilleure maîtrise des coûts. Cette hausse de 5% ne doit pas devenir un rythme de croisière: il faut arriver à un pourcentage plus bas. Et il y a un paradoxe dans ce rituel: c’est la conseillère fédérale qui annonce les primes, alors qu’elle n’est pas seule responsable. Il s’agit d’un dispositif légal strict: les assureurs proposent pour chaque canton et région les primes qui doivent couvrir les frais projetés sur l’année à venir. L’OFSP les valide et les approuve.