«L'initiative sur l'avortement nous ment!»

Le Matin - 14.01.2014

Nous sommes en 2014 et la Suisse vote à nouveau sur l'avortement. N'est-ce pas rétrograde?

Non.

N'empêche, n'est-on pas aux limites de la démocratie directe? On doit revoter sur le financement de l'avortement alors que le peuple l'avait accepté en 2002!

Ce n'est pas une limite de la démocratie, c'est sa force. Dès que plus de 100 000 personnes estiment qu'une question doit être débattue, elle l'est.

Ça ne vous fatigue pas de devoir défendre un principe qui était pourtant acquis?

Oh non, il y a des choses fatigantes dans tous les métiers. Par l'initiative populaire, on peut modifier un texte, dès que le nombre de signatures est atteint et qu'un ensemble de critères est rempli. Ensuite, le débat peut commencer. C'est ce que je fais.

On sent pourtant que cette initiative poursuit un autre but, attaquer le droit à avorter, non?

Oui, c'est quelque chose de gênant. Cette initiative nous ment. Quand on veut contester la législation, il faut le dire franchement. On gagne toujours à être transparent. On sent ici que la vraie question, c'est celle du régime des délais. D'ailleurs les initiants ne s'en cachent pas. Je préférerais qu'on mène le débat sur le fond, mais on doit le mener sur le financement, alors j'en parle.

Franchement, cette initiative ne se moque-t-elle pas du peuple?

Alors ça, c'est une question qu'il faut poser aux initiants! Le Conseil fédéral a étudié la question et a un avis très clair: cette initiative pose plus de problèmes qu'autre chose.

Surtout, elle ne résoudra rien en termes financiers, puisque les montants concernés représentent 0,03% des dépenses à la charge de la LAMal...

Oui, les montants globaux sont très faibles, d'ailleurs en cas d'acceptation, on ne sentirait aucune incidence sur les primes.

D'autant qu'un avortement coûte entre 500 et 1000 francs, suivant les cas. Donc de nombreuses femmes, une fois leur franchise déduite, paient déjà elles-mêmes leur avortement.

Oui. On peut donc laisser la question financière de côté et regarder les conséquences réelles qu'aura cette initiative.

C'est-à-dire?

La fin du remboursement ne signifie pas la fin des avortements. Les conditions risqueraient d'être plus précaires et non encadrées légalement. Imaginez un avortement pratiqué à l'étranger, car moins cher. S'il y a des complications de retour en Suisse, ce sera à notre système de santé de les prendre en charge. Alors qu'avec la loi de 2002, les interruptions de grossesse ont clairement diminué chez les plus jeunes femmes et se sont stabilisées de manière générale. Ce qui pose la Suisse comme un pays modèle en Europe dans ce domaine. Alors pourquoi revenir sur une loi qui a eu des effets très positifs?

Oui, pourquoi?

Démocratiquement, je n'ai pas de problème avec ça. Mais je dis qu'il faut faire attention à ce qu'on fait.

Justement, ne trouvez-vous pas qu'il s'agit là d'une moralisation insupportable de la santé, qui se traduit par une attaque contre le principe de solidarité?

Oui. On pourrait dire que c'est une question de responsabilité personnelle, que les femmes n'ont qu'à faire attention, etc. Mais avec cet argument, on peut aller très loin. C'est contraire au principe de solidarité. D'ailleurs l'avortement est un des rares actes du catalogue LAMal à avoir été explicitement accepté par la population. Tous les jours, des gens se font hospitaliser à la suite de comportements individuels au sujet desquels on pourrait discuter.

Et pourtant, dans cette campagne, la classe politique masculine est assez molle quand il s'agit de défendre cet acquis...

On retrouve souvent les personnes qui débattaient en 2002. C'est peut-être pour ça qu'il y a plus de femmes que d'hommes.

Les Jeunes socialistes ont appelé hier leurs sympathisants à se mettre nus contre cette initiative. Qu'allez-vous faire?

Chacun défend ses convictions avec les moyens qu'il juge opportuns.

A ce propos, les initiants parlent d'enfant pour un fœtus de moins de 12 semaines, de meurtre pour un avortement. Ces termes sont-ils des «moyens» qui vous choquent?

Je crois que la seule question qu'il faut leur poser, c'est comment réagissent-ils quand ils apprennent que la solution en vigueur depuis 2002 a permis de diminuer le nombre d'avortements de manière claire chez les plus jeunes femmes. Avec cette initiative, ça veut dire qu'ils s'opposent à cette diminution. Je leur demande de bien réfléchir avant de s'opposer à la situation actuelle.

Letzte Änderung 14.01.2014

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