«Ce n’est plus nécessaire de couper les rentes pour enfants»

Le Matin Dimanche - 11.11.2012

Le Parlement se bagarre depuis des mois autour de cette révision de l'AI. Pourquoi défendez-vous aujourd'hui l'idée de la diviser?

La situation financière de l'AI est plus saine que prévue car les précédentes révisions commencent à produire leurs effets. Le Conseil fédéral a ainsi pris connaissance d'indicateurs lui permettant de soutenir l'idée de séparer le projet en deux, c'est-à-dire d'écarter pour l'instant les mesures à caractère financier pour ne conserver que les modifications structurelles de cette révision.

Donc pas de réduction des rentes pour enfants de personnes handicapées, une des mesures les plus controversées?

Effectivement. Cette réduction de rentes pour les enfants n'est plus nécessaire pour assainir l'assuranceinvalidité.

Quels sont les chiffres qui montrent que l'AI va mieux?

En 2003, il y a eu environ 30 000 nouvelles rentes. Depuis, ce chiffre n'a cessé de diminuer pour atteindre environ 15 000 nouvelles rentes en 2011. C'est une division par deux en moins de dix ans! Sur la base de nos indicateurs, nous avons ainsi calculé qu'une révision telle que prévue au départ ne permettrait qu'un gain d'environ deux ans pour parvenir à un désendettement de l'AI. Ce serait 2026 en touchant aux rentes enfants et aux frais de voyages, et 2028 avec les seules mesures structurelles. Cela vaut-il vraiment la peine de prendre des mesures qui toucheraient à l'acquis des personnes handicapées au risque d'échouer en votation? J'estime qu'il est inutile de tirer trop fort sur la corde.  

Mais l'AI va bien aussi grâce au prélèvement de 0,4 point de la TVA prévu jusqu'à fin 2017. Que se passera-t-il ensuite?  

C'est vrai que l'apport de la TVA est aujourd'hui décisif. C'est la raison pour laquelle cette année, l'AI va dégager un bénéfice d'un demi-milliard de francs! Et la tendance va encore se renforcer jusqu'en 2017, ce qui permettra à l'AI de réduire considérablement sa dette. Mais sans ce prélèvement sur laTVAet sans la révision actuellement en discussion, nous prévoyons que l'AI fera néanmoins après 2017unbénéficede 300millions de francs par an, qui va ensuite encore augmenter, cequipermettrade continuer à diminuer la dette, aujourd'hui établie à 14,5milliards de francs.  

Et pourquoi ne pas abandonner tout simplement cette révision?  

Certaines mesures de cette révision sont décisives non pas pour des questions questions financières mais structurelles. Elles concernent la linéarisation des rentes, la lutte contre les abus, l'intégration et un mécanisme de frein à l'endettement. Nous en avons besoin et c'est justement parce qu'il ne faut pas mettre en péril ces avancées qu'une division de la révision se justifie. Sinon, on n'échappe pas à un référendum avec le risque de tout perdre et de ne rien pouvoir entreprendre pendant des années. 

Et politiquement, ça vous arrange d'éviter un référendum qui vous opposerait à votre propre parti?  

Je n'ai pas de problème avec les projets difficiles s'ils sont justes! Vous vous souvenezquej'ai défendu leManaged Care. La situation n'était pas très facile non plus. Je l'ai fait alors que certains n'étaient pas très ravis de me voir défendre ce projet.  

Mais encore faut-il que la proposition de diviser la révision en deux passe le cap du Parlement? 

Le Parlement doit se poser la même question que le Conseil fédéral. Est-ce qu'il faut tenir compte d'informations montrant que la situation a changé et modifier son cap? C'est le coeur de la politique de s'adapter à la réalité.  

Reste qu'il n'est pas certain qu'il n'y ait pas de référendum contre les rentes linéaires, une mesure qui pénalise aussi certains invalides?

Non, c'est vrai. Mais à ce moment-là, les référendaires devront se battre contre la modernisation des structures de l'assurance-invalidité et ce sera plus difficile. Ils ne pourront plus se battre uniquement sur le terrain des acquis, de la rente pour les enfants et des frais de déplacement.

Quand reviendrez-vous avec la baisse des rentes pour enfants et les autres mesures financières?

Je ne pense pas que ce sera nécessaire. Il faut certes garder la possibilité de proposer de nouvelles mesures, mais la baisse chaque année des nouvelles rentes va finir par réduire considérablement la charge financière. Si par contre, l'AI traverse une nouvelle passe difficile dans quelques années, alors nous ferons des propositions.

Soyons clairs, ça veut dire que la suite est enterrée?

Ce qui est certain aujourd'hui, c'est qu'on peut se permettre de diviser la révision. Pour la suite, je ne suis pas un devin.

Dernière modification 11.11.2012

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